Nantes, mutations urbaines (de 1830 à nos jours)

13/08/2014

Mutations urbaines (de 1830 à nos jours)

Une ville bourgeoise et ouvrière

Après la Révolution française, la bourgeoisie d’affaires, issue des milieux du négoce et de l’industrie, joue un rôle prépondérant dans la société nantaise. Son souci de représentation se manifeste à travers quelques lieux symboliques : le passage Pommeraye inauguré en 1843 est le lieu de rencontre et de flânerie de la notabilité. Son décor évoque le commerce et l’industrie symbolisés par les allégories des Arts et des Sciences. L’emploi du fer et du verre dans la structure révèle le parti pris de modernité.

À partir de la seconde moitié du 19e siècle, Nantes s’industrialise. De nouvelles activités en lien avec le port se développent: raffineries de sucre, conserveries, biscuiteries, distilleries, brasseries. Au tournant du siècle, la construction navale devient le moteur de l’économie régionale et du développement de la métallurgie.

La croissance industrielle entraîne l’arrivée massive d’une main d’œuvre ouvrière, population miséreuse venue de Bretagne notamment, qui vient s’entasser dans des habitats insalubres, aux abords des usines.

Le long du quai de la Fosse et sur l’autre rive, l’intense activité portuaire accompagne cette mutation. Né à Nantes, Jules Verne (1828-1905) fut marqué par ce spectacle : « Je revois la Loire, dont une lieue de ponts relie les bras multiples, ses quais encombrés de cargaisons, sous l’ombrage des ormes, et que la double voie de chemin de fer, les lignes de tramway ne sillonnaient pas encore. Des navires sont à quai sur deux ou trois rangs; d’autres remontent ou descendent le fleuve » (Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1890).

La mutation économique se double d’une révolution des transports. Nantes développe le premier réseau de tramways en France. En 1851, ce sont les trains qui pénètrent au cœur de la cité empruntant les quais de la Loire pour rejoindre les industries du port.

Traumatismes

Dans l’entre-deux-guerres, la Municipalité entreprend les comblements des bras de la Loire et de l’Erdre. La décision d’un tel chantier est motivée par le problème de l’ensablement du lit principal de la Loire, l’envasement des bras secondaires, les difficultés de circulation et l’insalubrité. Ces travaux qui durent plus de 20 ans modifient profondément la ville et ses paysages.

Mais les conséquences de la Seconde Guerre mondiale sont plus violentes encore. Les 16 et 23 septembre 1943, Nantes, occupée par les Allemands, est gravement touchée par les bombardements alliés. 700 immeubles et bâtiments sont détruits, on compte 1463 morts. Après guerre, l’effort de reconstruction effacera pour partie ces séquelles : reconstruction à l’identique de la Bourse, de la place Royale, nouvelles architectures de la place Bretagne, de la rue du Calvaire, de l’Hôtel-Dieu.

Malgré un relèvement rapide dans les années 50 et 60, les crises économiques successives des années 1970 provoquent le déclin de l’industrie et le départ d’une partie des activités hors de la ville. Symbole de cette crise, la fermeture des chantiers navals (1987) signe la fin d’une longue histoire de la « Navale » intimement liée au port de Nantes. Désormais, Nantes s’oriente vers une économie tertiaire supérieure, en misant sur les hautes technologies et l’innovation.

Renouveau urbain

À partir des années 70, le centre de Nantes devient l’enjeu de projet de rénovation. Dès 1972, le projet d’un grand centre d’affaires en cœur de ville, dont la tour de Bretagne serait le symbole, est fortement contesté. C’est d’ailleurs suite à cette polémique, que la Ville entame une action durable en faveur du patrimoine en se dotant d’un secteur sauvegardé.

Depuis les années 90, les aménagements urbains s’attachent à redonner à la ville des points d’ancrage et des repères souvent oubliés : en centre ancien, l’île Feydeau a retrouvé son insularité par l’aménagement de nouveaux « quais », évocateurs de la mémoire de l’eau.

De nouveaux quartiers ont su allier patrimoine et architecture contemporaine comme le quartier Madeleine Champ-de-Mars où fut réhabilitée en 2000 l’ancienne usine LU devenue scène nationale, ou comme l’île de Nantes qui s’appuie sur son héritage industriel pour proposer de nouveaux usages, à l’exemple des promenades du site des Chantiers.

Inauguré en 2012, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, conçu comme un nouvel espace public ouvert sur la Loire, invite à croiser passé et présent, à travers un parcours commémoratif et méditatif mettant en jeu la question de la Liberté et des Droits de l’Homme.

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